En général, quand on regarde une cacahuète, on ne pense pas à l'avenir de la technologie laser. Mais dans un laboratoire de l'université d'Umeå, dans le nord de la Suède, des chercheurs en physique s'y intéressent de près. Jia Wang et ses collaborateurs ont fait exactement cela : transformer des cacahuètes et des feuilles de bouleau en un dispositif photonique fonctionnel. Le résultat est un Un laser aléatoire entièrement biologique capable d'illuminer les tissus lors d'imagerie médicale (ou de démasquer les sacs contrefaits).).
La découverte, publié dans le magazine Nanophotonique, démontre que des matériaux courants et renouvelables peuvent remplacer les composés synthétiques ou les métaux toxiques dans la création de technologies optiques avancées.
Comment fonctionne le laser biologique
La recette est étonnamment simple. Des feuilles de bouleau sont transformées en points quantiques de carbone par cuisson sous pression : une étape unique qui produit des nanoparticules fluorescentes de quelques nanomètres de diamètre seulement. Ces points émettent une lueur rouge intense lorsqu’ils sont exposés à la lumière. L’arachide, quant à elle, fournit la cavité optique : coupée en cubes de six millimètres de côté, sa surface irrégulière devient un labyrinthe de replis, de pores et de structures cellulaires qui diffusent la lumière de façon chaotique.
L'équipe injecte la solution de points quantiques de carbone dans la cacahuète à l'aide d'une seringue, la chauffe à 60 °C pendant dix minutes pour éliminer le solvant, puis la laisse refroidir. En éclairant la surface avec un laser pulsé, elle observe des pics d'émission nets : c'est l'effet laser, un phénomène par lequel un matériau excité émet des photons identiques qui se combinent pour former un faisceau de lumière monochromatique (d'une seule couleur) très intense. Les seuils varient de 96,4 à 150,3 kilowatts par centimètre carré selon la surface mesurée. comparable à de nombreux lasers synthétiques conçus artificiellement.
Contrairement aux lasers conventionnels qui émettent des faisceaux étroits et directionnels, les lasers aléatoires dispersent la lumière dans de nombreuses directions par diffusion multiple. Ceci élimine le « bruit » qui affecte l'imagerie haute résolution, permettant ainsi un éclairage plus uniforme et plus net.
Pourquoi la lumière rouge pénètre-t-elle les tissus ?
Le choix du rouge n'est pas fortuit. Les longueurs d'onde plus longues pénètrent beaucoup plus profondément dans les tissus biologiques que les couleurs du spectre visible court.
La lumière rouge traverse plusieurs centimètres de tissu sans causer de dommages significatifs, tandis que la plus faible énergie des photons réduit considérablement le risque de phototoxicité. En imagerie biomédicale, cela signifie pouvoir illuminer les structures internes sans biopsies invasives. Les points quantiques de carbone dérivés de feuilles de bouleau offrent cette possibilité. excellente stabilité photographique et absence de cytotoxicité, deux caractéristiques qui les rendent supérieurs aux colorants organiques traditionnels sujets à la photodégradation.
L'équipe de Wang a déjà travaillé sur des matériaux naturels. Il y a deux ans, ils ont démontré comment des feuilles de bouleau ramassées sur le campus universitaire pouvaient produire des semi-conducteurs organiques. Pour les écrans de télévision et de smartphones. Aujourd'hui, ces mêmes feuilles ouvrent la voie à des lasers durables.
Laser biologique, le plus de l'authentification optique
Chaque laser biologique possède une signature spectrale unique, déterminée par la microstructure aléatoire de son composant biologique. Cette caractéristique pourrait les transformer en étiquettes de sécurité optiques impossibles à cloner. Documents importants, produits de luxe, appareils électroniques : tout pourrait être authentifié grâce à une signature lumineuse qu’aucune copie industrielle ne saurait reproduire à l’identique. L’avantage réside dans le fait que le caractère aléatoire naturel de la croissance biologique devient une garantie d’unicité. Il n'est pas nécessaire de concevoir la complexité : la nature nous l'offre gratuitement..
Que manque-t-il encore ?
Le système fonctionne, mais il nécessite toujours une excitation laser externe. Ce n'est pas un dispositif prêt à l'emploi que l'on peut emporter à l'hôpital dès demain matin. Les seuils de puissance sont comparables à ceux des lasers artificiels, mais pas inférieurs, ce qui implique que l'équipement de pompage optique reste indispensable. Se pose ensuite la question de la standardisation : chaque cacahuète est différente, chaque lot de points quantiques de carbone présente une variabilité intrinsèque. Pour les applications médicales, c'est la reproductibilité qui compte, pas l'art culinaire photonique.
L’objectif n’est toutefois pas de remplacer les lasers industriels demain. Il s’agit de démontrer que la photonique peut emprunter une autre voie : matériaux locaux, procédés simples, coûts réduits et impact environnemental minimal. L’université d’Umeå explore d’autres biomatériaux naturels pour les cavités optiques. D’autres équipes travaillent à améliorer l’efficacité des points quantiques de carbone. La voie est toute tracée.
Tant que quelqu'un regardera une cacahuète et y verra des photons plutôt que des calories, l'avenir restera ouvert à la possibilité de nouvelles approches.